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Histoire de semences

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Résumé :

Depuis son apparition, l'agriculture a fait évoluer les écosystèmes et les espèces. En 10 000 ans de sélection massale, l'humain a crée une biodiversité cultivée riche, partie intégrante de la biodiversité générale. Les semences paysannes sont des variétés populations qui proviennent de cette sélection massale (ou de pollinisation libre), autrement dit de processus naturels qui ont toujours été utilisés et qui ont crées cette diversité.

En moins de 100 ans, afin de standardiser les rendements, les semences ont été vidées de leurs variabilités génétiques. Elles ont été adaptées à une culture intensive, de masse, nécessitant des intrants pour assurer ces rendements. Les variétés locales ont donc été délaissées et 75% de la biodiversité cultivée mondiale a disparu.

L'apparition du Catalogue des espèces et variétés cultivées en France en 1932, permettait de référencer les variétés et leurs caractéristiques agronomiques. Il est aujourd'hui le laisser passer pour l'autorisation de la vente ou l'échange des semences d'une variété. Depuis 1949, l'inscription des variétés au catalogue est obligatoire. Ce qui veut dire que les variétés doivent répondre à des critères agronomiques strictes (DHS) pour accéder au catalogue et les semences non-inscrites ne peuvent ni être vendues ni échangées. Les fruits obtenues de semences non-inscrites au catalogue sont pourtant commercialisables.

En 1970, le Certificat d'Obtention Végétale (COV) apparaît et pose une propriété intellectuelle sur les nouvelles variétés développées. La vente est quasiment monopolisée par le détenteur pendant 20 à 30 ans. L’utilisation sur ferme de semis d’années en années est illégale et répréhensible, considérée comme de la contrefaçon. Beaucoup des variétés du catalogue officiel sont protégés par un COV, les tests pour obtenir le COV étant similaires à ceux pour être inscrit au catalogue.

La filière des semences s'organise rapidement : le CTPS élabore les critères d'inscription au catalogue, le GEVES effectue les tests agronomiques et renvoie les résultats au CTPS qui valide l'inscription de la variété.

Le GNIS, lui, a une vue d'ensemble sur toutes les étapes de la filière. Les frais d'inscription au catalogue sont à payer par la personne qui souhaite inscrire.
Les semences aujourd'hui inscrites au catalogue sont majoritairement des hybrides F1 (60% des variétés). Les hybrides F1 ont des parents purs et provenant de variétés distincts :

Les parents, hétérogènes, sont sélectionnés pour certains traits d'intérêts puis chacun est reproduit encore et encore pour être génétiquement homogène. Ils sont ensuite croisés entre eux. La descendance bénéficie des traits d'intérêts recherchés. F1 signifie donc "la première génération après un croisement de deux lignées pures". Les individus sont des copies génétiques les uns des autres.

MAIS la deuxième génération ne sera pas agronomiquement intéressante car le brassage génétique entraîne une perte des traits d'intérêts. Ce n'est donc pas économiquement intéressant de réutiliser des variétés F1 achetées à des industriels, en plus du fait qu'il est probablement illégal de le faire à cause de la protection du COV. L'agriculteur se voit dans l'obligation de racheter les mêmes graines chaque année pour avoir le même rendement assuré. L'agriculteur a tout de même le droit de stabiliser la variété en effectuant un travail de sélection de longue haleine (environ 10 à 20 ans suivant la variété), il devra cependant reverser chaque année une Cotisation Volontaire Obligatoire (CVO) pour rembourser les droits données par le COV au créateur de l'hybride F1.

Les variétés qui ne sont pas des hybrides F1 suivent tout de même les critères DHS (à quelques exceptions près) qui leur imposent d'être les plus stables possibles génétiquement, et ainsi possèdent peu de variabilité intrinsèque.

Les semences paysannes, majoritairement non-inscrites au catalogue, non-protégées par des COV, sont libres d'utilisation et de reproduction MAIS sont interdites d'échanges et de ventes directes sur le territoire, sauf exceptions mineures confirmant la règle.


📖 La BD de l'histoire des semences réalisée par le Réseau Semences Paysannes disponible ICI.


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Les grandes dates :

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Les grandes définitions :

Sélection massale: Sélection par l'agriculteur de graines provenant de fruits ou de plants qui avaient des traits d'intérêts. Il garde les semences qui lui semblent le plus adaptées puis les replante l'année d'après, créant la biodiversité cultivée. C'est cette sélection massale qui a permis de créer autant de richesse de variétés dans le monde. Notamment des variétés populations.

Variétés populations: Variétés élevées traditionnellement, et constituées d'une population d'individus ayant des différences génotypiques. Ces variétés sont hétérogènes génétiquement, ce qui veut dire qu'elles conservent un potentielle d'évolution pour s'adapter à des changements climatiques et de sélection pour que l'agriculteur puisse choisir les fruits les plus intéressants sans une uniformisation totale du pool génétique. 

Intrants: Les intrants en agriculture correspondent aux éléments qui sont rajoutés à la culture pour améliorer la croissance des végétaux, comme par exemple les engrais en nutriments (N, P et K).

Catalogue officiel : Catalogue officiel des espèces et variétés des plantes cultivées en France. Ils regroupent toutes les espèces et variétés dont il est possible d'acheter, de vendre, d'échanger les semences.

GNIS : Groupement National Interprofessionnel des Semences et Plants.

CTPS : Comité Technique Permanent de la Sélection. Rôle du CTPS :
  • • Gestion du Catalogue officiel français.
  • • Elaboration, proposition et mise en application des règlements techniques d'inscription au Catalogue.
  • • Contrôle et certification variétale et sanitaire des semences et des plants.

DHS : Les critères de Distinction, Homogénéité, et Stabilité, que doit avoir une variété inscrite au catalogue officiel.

GEVES : Groupe d'Etudes des Variétés Et des Semences. Ils effectuent les tests DHS pour le CTPS et renvoient les résultats pour inscrire ou non la variété au catalogue.